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La situation actuelle

14. Ce contexte globalement positif a depuis connu de brusques renversements au niveau national, régional et du projet.


a) Au niveau national
Depuis mars 2009, Madagascar est empêtré dans une crise politique et une sérieuse dégradation socio-économique. En 2006-2007, le pays a réalisé une croissance réelle moyenne du PIB de 5.2% (source FMI). Malgré deux grands cyclones dans le premier trimestre de 2008, le PIB réel de cette année s'est élevé à 6.3% (source FMI). Un trouble politique en mars 2009 a installé un gouvernement que la communauté internationale, dont l'Union Africaine (UA) et la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), considère comme illégale. Ceci a résulté en une suspension de presque la totalité de l'aide officielle au développement (AOD) et même dans un embargo sur les contacts entre le gouvernement et les agences internationales officielles de développement.

Les conséquences de la suspension de l'AOD ont été graves. Le développement de Madagascar dépendait fortement de l'AOD qui représentait en 2008 50 pour cent de l'ensemble de toutes les dépenses publiques et 75 pour cent des dépenses d''investissement public. Le FMI estime que l'économie nationale s'est contractée de 5 pour cent en 2009 et que le taux de déclin s'accélère maintenant. Selon l'UNICEF : "La crise, à un niveau à la fois politique et économique, accélère l'érosion des services essentiels dans le secteur social global, et l'impact sur les enfants est grave... L'impact de la crise est une vulnérabilité accrue des familles déjà pauvres …"2 CARE International rapporte « un nombre sans précédent de communes… vivant dans l'insécurité alimentaire" 3

Dans d'autres pays fortement dépendants de l'aide extérieure qui ont connu récemment de violent changement politique et une suspension de l'AOD en résultant (par exemple le Niger et la Guinée), des solutions politiques ont pu être trouver et l'AOD restaurée en l'espace de quelques semaines. Il est navrant que cela n'a pas été le cas pour Madagascar où une solution demeure introuvable, malgré les efforts de médiation répétés de l'Union Africaine, la Communauté de développement de l'Afrique australe et la Francophonie.


En outre, parce que cette situation perdure (depuis plus de 15 mois), ses conséquences négatives se feront ressentir sur plusieurs années. Une reprise de l'AOD exigerait une remobilisation des ressources et la plupart des projets d'investissements devront faire de nouveau l'objet d'appel d'offres. Une organisation internationale de développement leader estime que cela prendrait jusqu'à deux ans après une solution politique avant que le rythme des investissements de développement puisse être restauré au niveau de 2008.

b) Au niveau régional
Le Comité régional de développement (Comité Régional de Développement - CRD), qui était un acteur principal du développement de la région d'Anosy, n'est plus en activité.
Depuis 1999, le Comité avait constamment indiqué le CRD - une organisation volontaire, représentant largement les leaders économiques et politiques régionaux - comme étant incontournable pour un dialogue de développement ouvert, inclusif et franc avec tous les acteurs dans la région, incluant QMM, et pour la formulation sur une base permanente des modèles de développement pour la région. Un tel dialogue a cessé pour de bon avec la crise politique nationale qui a éclaté en mars 2009. Les membres du CRD expriment
maintenant de l'incertitude au sujet de l'avenir du Comité. Ceci est compliqué davantage par le fait que le Chef de Région actuel est considéré – à tort ou à raison - comme une nomination provisoire en attendant qu'une solution à la situation politique nationale soit trouvée. Pour résumer, il y a maintenant un sentiment palpable de frustration et de déception dans la région.


c) Au niveau du projet de QMM
Ces développements ont eu des impacts sur le projet et ont compliqué ses relations avec la région et le gouvernement. D'abord, à tout propos, QMM est devenue la seule source d'investissement dans la région d'Anosy. Et plus la paralysie politique continue et l'aide internationale au développement demeure suspendue, plus grands sont les risques pour le projet de devenir une enclave autonome. Dans ses rapports antérieurs, le Comité a averti que ce serait le pire scénario pour le pays, la région et le projet. Les bénéfices dérivant du projet de QMM peuvent être durables seulement si le projet n'est qu'un composant d'une stratégie beaucoup plus vaste et plus ambitieuse de développement régional.

En second lieu, les arrangements qui avaient été mis en place pour que l'ONE assure la prestation d'une surveillance, évaluation et établissement de rapport indépendant de l'avancement du projet relativement à ses engagements sont devenus fragiles. Le manque de ressources financières de l'ONE compromet sa capacité d'assumer une surveillance efficace et probablement son existence même.


Troisièmement, alors que le projet est devenu, de fait, "l'unique jeu en ville", il est également devenu de plus en plus vulnérable à toute sorte de critiques publiques, non seulement eu égard à ses propres imperfections mais également pour de plus grandes défaillances, déceptions et dégradation économique dont il n'est pas responsable ou qui ne sont pas sous son contrôle. Le projet doit faire face et répondre aux critiques, mais la paralysie politique de la nation l'a placé dans une position où il est en grande partie sans partenaires régionaux, nationaux et internationaux efficaces pour résoudre les problèmes dépassant son cadre et pour faire la part des responsabilités de manière équitable.


En conclusion, le projet est toujours dans les phases premières de montée en puissance avec l'objectif d'atteindre la pleine production dans les trois années à venir.

15. En résumé, le projet de QMM était structuré pour assurer les meilleures pratiques, pour faire partie d'un effort beaucoup plus vaste de développement régional et miser sur les atouts d'un partenariat public privé plus globalement conçu. La conception demeure solide et la possibilité de ressusciter certaines institutions actuellement en veilleuse mais essentielles, comme le CRD,
reste élevée. Mais la poursuite de la crise politique qui ne trouve pas encore de solution rend très difficile d'y procéder. Le potentiel de progrès pour la région qui avait semblé si prometteur en 2008 est dans une large mesure devenu l'otage de négociations politiques incertaines pour mettre fin à la crise actuelle. Il n'est pas surprenant que la désillusion et la déception dans la région s'accroissent. Même si la crise politique connaîtrait maintenant une rapide résolution, un
temps considérable serait nécessaire pour restaurer les relations, les structures et les partenariats de financement à leurs niveaux de 2008. A la date de rédaction de ce rapport, le 12 juin, la délégation des Nations Unies est attendue à Antananarivo pour essayer de trouver une solution à la crise politique du pays. Étant donné que beaucoup de tentatives de médiation ont déjà été entreprises sans succès, un résultat positif à la prochaine tentative ne peut pas être tenu pour acquis.